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Ce blog est celui de Musica, festival international de musiques d'aujourd'hui de Strasbourg
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5 oct 2016

REPORTAGE
Dans les studios de Rodolphe Burger

En cette fin d’année 2016, Rodolphe Burger revient en force à Strasbourg – où serait-ce Strasbourg qui reviendrait à Rodolphe Burger ? (Rue89 Strasbourg en parlait déjà) Avant son Cantique des Cantiques avec Olivier Cadiot à la Cathédrale croisé avec les mots de Mahmoud Darwich, il (re)pose ses valises à Musica. Hier, il répétait avec Philippe et Roméo Poirier et Julien Perraudeau. Reportage.

Certains s’en souviennent, d’autres, regrettent de ne pas être nés plus tôt. À la fin des années 80, Laurent Bayle alors directeur du festival Musica, avait invité Kat Onoma à jouer dans l’ancienne Laiterie dont le sol avait été recouvert de sable pour l'occasion. En 2002, le groupe donnait son dernier concert à l’Opéra national du Rhin dans le cadre de Musica. Depuis, Rodolphe Burger est revenu au festival avec d’autres projets, a invité Philippe Poirier à poser un nouveau regard sur Kat Onoma avec l’album Play Kat Onoma, notamment joué lors de son (magnifique) festival-maison C’est dans la vallée l’année dernière. C’est d’ailleurs sur ces “terres” que nous retrouvons le groupe pour une première et ultime répétition avant leurs concerts au festival.

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Il est 16 heures passées. Sainte-Marie-aux-Mines est couverte d’un franc soleil d’automne. Je suis accompagnée de Christophe Urbain, mon binôme photographe avec lequel je travaille pour les magazines Zut ! et Novo, il connaît bien les lieux. Ami de Rodolphe Burger, il l’a photographié une foultitude de fois, ici et là, à Londres, à Strasbourg, à Sainte-Marie-aux-Mines, dans le cadre du festival et là où nous nous rendons : le studio de Rodolphe Burger, entouré de verdures, de monts et de vaches, où de nombreux artistes ont enregistré dont Alain Bashung, Jeanne Balibar ou Jacques Higelin. « Il a enregistré trois disques ici, sur son dernier [Higelin 75, à venir cette semaine, ndlr], on a réussi à faire sortir le Higelin bestial », raconte Rodolphe Burger.

« Ici, il se passe toujours quelque chose de magique, continue-t-il, c’est un lieu extrêmement propice à la création. » L’histoire de ce studio est déjà riche en émotions : « Cette maison appartenait à une branche paysanne de ma famille du côté de mon père. J’y allais, enfant. J’ai commencé à y revenir dans les années 80 après avoir vécu à Paris, à Bâle. J’ai renoué avec ma tante et je me suis attaché à ces murs. On venait y répéter et y enregistrer avec Kat Onoma. » La boucle est bouclée : Rodolphe Burger opère ici et avec Philippe Poirier, guitariste et ami de toujours, un retour aux sources total.

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Avant de replonger tête la première dans sa répétition, il prend quelques instants pour nous faire visiter la maison. Cela fait plusieurs mois qu’elle est en travaux, une grande « remise aux normes » qui permettra d’accueillir amis et visiteurs dans de meilleures conditions. « Ce sera plus facile d’y venir pour 3 jours notamment en hiver, avant, on n’avait pas de chauffage. » Le rez-de-chaussée a été totalement réaménagé, le premier étage, où se trouvent les chambres et la salle de bain, avec sa magnifique baignoire à pieds et ses meubles superbement défraîchis, a été conservé dans son jus : « Il y a certaines pièces que j’ai voulu sanctuariser », confie-t-il.

Les studios d’enregistrement et de répétition sont eux perchés dans le grenier, pas encore tout à fait terminés. La sous-pente, isolée, sera recouverte et quelques travaux acoustiques sont prévus. En attendant, les musiciens se sont installés en cercle, avec les moyens du bord. Une table par ci, des tabourets de pianos par là. Rodolphe Burger et Julien Perraudeau, nouveau compagnon de route du chanteur et guitariste, aux claviers, font face à Philippe et Roméo Poirier. Là encore, on retrouve les traces d’un retour aux sources.

« Rejouer Kat Onoma avec Roméo, qui a grandi avec cette musique, c’est émouvant. Roméo connaît assez bien le groupe, même parfois mieux que nous », glisse Rodolphe visiblement touché. L’intéressé – gravitant dans la nébuleuse Herzfeld, il s’est aussi récemment acoquiné avec l’excellente Françoiz Breut – dément en riant : « Non non, n’importe quoi ! Je ne la connais pas mieux qu'eux, j’écoute cette musique depuis tout petit, donc je la connais très bien, c’est tout. » Tellement bien qu’arrivé tout juste le matin, il joue les parties de batterie à la perfection comme s’il avait toujours accompagné le groupe, ce qui n'est pas tout à fait faux. « On avait sorti un disque avec Hiéro Colmar, un live sur lequel il y a un morceau : Les enfants où on avait fait jouer… les enfants. Roméo avait huit ans et jouait déjà de la batterie. »

Si les morceaux de Kat Onoma ont déjà pris de nouvelles couleurs, la batterie de Roméo renforce encore cette impression de sur-regard sur le groupe. Comme si ces morceaux, devenus relais, passaient les âges pour s’inscrire dans une nouvelle temporalité, toujours singulière. Un répertoire qui joue et se rejoue sans fin. Dans ce grenier, le “nouveau” Kat Onoma se « remet dans les morceaux avec une facilité énorme, complètement dingue », pour reprendre les mots de Rodolphe Burger. Au fur et à mesure de la répétition, les musiciens reprennent vie en même temps que la musique : les pieds battent la mesure, les têtes s’agitent, au micro et à la guitare Rodolphe Burger retrouve son jeu habité : le bras attaque la guitare avec plus de frénésie encore, la voix s’impatiente devant le micro, les mots frappent, tantôt secs, tantôt suaves.

La tracklist se construit naturellement, sans anicroches. Rodolphe, Philippe et Julien commenceront à trois avec Meow Meow, Le Désert puis The Trap avant que Roméo ne les rejoignent sur La Chambre : dès le début du morceau ? Plus tard ? « La batterie, c’est tellement bien qu’on a envie de l’entendre tout de suite », s’exclame Rodolphe, elle débarquera donc en même temps que les voix.

Lentement, le soleil descend, La Chambre résonne. Kat Onoma 3.0 rayonne.

Texte et photos : Cécile Becker

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