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Ce blog est celui de Musica, festival international de musiques d'aujourd'hui de Strasbourg
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4 oct 2016

COULISSES
Les métiers de l'ombre : l'accordeur de piano

L'année dernière, nous vous avions parlé d'une tourneuse de pages, cette fois, nous avons eu envie de découvrir le métier d'accordeur de piano. À la Salle de la Bourse, nous avons passé une heure passionnante à découvrir Manuel Gillmeister, l'accordeur officiel du festival Musica. Rencontre.

C'est la première fois que je rencontrais un magicien. J'imaginais chapeau-claque, canne et foulards dans les manches, et pourtant c'est un monsieur aux allures de bûcheron, tout en simplicité et en franchise, qui nous attendait cet après-midi à la Salle de la Bourse.

Dans un anglais teinté d'accent allemand, Manuel Gillmeister règle quelques détails logistiques (on parle tout de même de déménager des pianos de 600kg), avec Lionel (le régisseur de la salle), avant de s'asseoir à même la scène, prêt à répondre à nos questions.

Cela fait maintenant 36 ans que Manuel est accordeur, dont 8 pour le Festival Musica. Un piano n'a donc plus aucun secret pour lui, d'autant plus qu'il les répare et les vend dans sa boutique à Offenbourg.

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Spontanément, on espère que notre accordeur va nous jouer un petit air … et non ! Contre toute attente, Manuel ne joue pas de piano, n'est pas musicien et ne sait pas lire la musique. Il nous l'avoue d'emblée, en s'empressant d'ajouter qu'il ne connaît aucun pianiste qui accorde son piano. Il est d'ailleurs surprenant d'apprendre de la bouche de l'accordeur de piano qu'aucun musicien qu'il a rencontré dans sa longue carrière ne s'est intéressé au processus d'accordage du piano. À chacun son métier donc !

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Passé l'effet de surprise, on comprend vite que l'objet et sa fonction sont ici deux choses complètement différentes. Humidité et température de la pièce, mouvements quelconques, même le sens dans lequel sont tournées les roues à la queue du piano, tout impacte sur l'accordement, et "plus ils sont grands, plus ils sont difficiles à accorder", nous confie-t-il avec un clin d'oeil vers l'un des deux Steinways qui trônent derrière lui.

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D'un point de vue technique, le spécialiste utilise un accordoir, sorte de levier avec lequel il fait pivoter une à une les chevilles, tendant les cordes à la recherche de la note juste. Chaque corde est alors isolée des autres par un coin en caoutchouc. Manuel appuie sur les touches du clavier, puis joue avec l'accordoir, partant du milieu du clavier (C3 et C5) pour aller ensuite vers les côtés.

Sans même un diapason, il trouve le point à atteindre. « À l'époque, les gens utilisaient un diapason classique qu'ils tendaient vers l'oreille ou qu'ils tenaient entre leurs dents, sous peine de devenir sourd ou de perdre leurs dents... »

La magie opère ici, dans ses mouvements méticuleux, mélangés au son, comme si l'accordeur comprenait les plaintes et les exultations de l’instrument. Rien d'étonnant donc à ce que Manuel voit « quelque chose d'érotique dans les formes d'un piano ». Un rapport quasi fusionnel qu'il ne cache pas, allant même jusqu'à sourire quand il nous révèle que certains réglages prennent plus de six heures. Heureux de partager sa passion, il prend la peine de nous révéler le dessous des touches pour nous expliquer le fonctionnement des marteaux.

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Note après note, Manuel, le regard dans le vide, comprend les tiraillements d'un mécanisme obscur, nous le laissons égrainer ces humeurs dans la salle vide, convaincus qu'il s'y déroule malgré tout un incroyable spectacle.

Par Aurélien Montinari - Photos : Cécile Becker

Aller plus loin, mais toujours sur le blog :

Tatiana Cobiano, tourneuse de pages

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