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Ce blog est celui de Musica, festival international de musiques d'aujourd'hui de Strasbourg
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1 oct 2016

COULISSES
À l'instant de quitter la pièce

Samedi 1er octobre, l'Orchestre national des Pays de la Loire interprétait les œuvres d'Henri Dutilleux, de Michael Jarrell, d'Alberto Posadas et de Francisco Guerrero. Que se passe-t-il en coulisses une demi-heure avant l'entrée en scène de l'orchestre. Récit très personnel.

J'étais arrivé un peu trop en avance au Palais de la Musique et des Congrès ce soir-là. Je devais assister au concert de l'Orchestre National des Pays de la Loire mais me retrouvais, pour l'heure, quasi seul dans cette immense bâtisse. Je décidais de tromper mon ennui en me baladant dans les étages, qui sait ? Il y aurait peut-être quelque part un buffet.

Ce palais de béton, d'acier et de marbre est réduit ce soir à son strict aspect fonctionnel, toute l'attention est dirigée vers sa salle royale : la salle Erasme. Des hôtes et hôtesses uniformisés pour l'occasion vous cherchent du regard, vous interpellent gentiment et vous redirigent tantôt : tout doit être au bon moment et à la bonne place ! Placement libre ce soir, donc service minimum pour l'équipe du PMC. Je sentais bien que mes errances les inquiétaient, d'autant que je n'avais même pas laissé ma veste au vestiaire (j'aurais pourtant eu le choix du cintre !).

Après avoir montré plusieurs fois mon badge, on se rassura, je pus rentrer dans la salle et admirer cet immense cœur rouge (à moins qu'il ne s'agisse d'un vaisseau spatial, c'était bien le cas il y a dix jours !) plongé dans le silence pour le moment.

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En ressortant, j'aperçus une double porte barrée d'un autocollant "interdit au personnel". Les coulisses. On entend quelques instruments résonner dans cet espace secret. Là, c'est du sérieux, les hôtes ne sont pas certains de pouvoir nous laisser entrer. On s'en va demander à un responsable, « aucun problème ».

Je savais ce qui se trouvait derrière ces portes, mais pas à quoi cela ressemblait. Pas de sas, plus de chichi, vous êtes, en une fraction de secondes, plongé dans un autre univers.

Ce qui surprend d'emblée, c'est la cacophonie. À quelques minutes de l'entrée en scène, on s'échauffe, on répète ses gammes debout dans le couloir, ou assit sur n'importe quelle marche disponible et... on finit de s'habiller ! (Tiens un homme en slip). Des flight cases (sortes d'énormes valises) sont ouvertes le long du couloir, elles renferment des instruments ou des vêtements, c'est un peu la maison des artistes qui les accompagne pendant la tournée.

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L'ambiance est détendue, on rit, on siffle gentiment une collègue en robe noire, les cuivres sont d'humeur festive et jouent La Bicyclette d'Yves Montand en vitesse accélérée (j'espérais secrètement qu'ils enchaîneraient avec le « olé » de la corrida). Les garçons d'orchestre – ils sont 6 ce soir et suivent l'ONPL pour leurs 200 dates annuelles et connaissent donc leurs habitudes à la lettre. Pour l'instant, les voilà profitant de leurs cafés lorgnant le lancement du concert indiqué par l'accord des instruments, à chaque pause, ils seront aidés par les techniciens plateau dépêchés par Musica pour modifier les instruments et la mise en place : ajout des percussions, retrait ou ajout des pupitres, etc. Parmi les techniciens et les musiciens restant – la formation est modifiée à chaque pièce –, d'autres techniciens attifés d'un casque micro font des allers-retours entre les coulisses et leur camion garé juste à l'arrière du bâtiment. Parisiens exilés par Radio France le temps du concert, ils sont chargés d'enregistrer la performance de l'Orchestre pour une retransmission sur les ondes. Quand ? On ne le sait pas encore. La sécurité incendie est aussi là, les yeux rivés sur les extincteurs et les issues de secours.

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Tout cet univers s'anime pour que de l'autre côté des couloirs, assis dans leurs fauteuils, les spectateurs mélomanes profitent de leur soirée en toute quiétude.

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Soudain, sans aucun appel, les membres de l'orchestre quittent un à un les coulisses et rentrent en scène. Sans protocole ni hiérarchie, ils disparaissent. « C'est l'entrée à l’américaine » m'apprend Marc, l'un des régisseurs de l'orchestre. Sa hantise, c'est « la corde qui pète, ou le micro qui lâche. C'est le souci du live, dès que tu ouvres le rideau faut que tout roule ». Olivier, l'un des techniciens plateau de Musica nous révèlera, sans qu'on l'ait aperçu, que durant le ciné-concert 2001, L'Odyssée de l'espace, l'un des musiciens de l'OPS a dû quitter la scène, victime d'un petit malaise.

Une salve d'applaudissements ; le chef d'orchestre vient d'entrer à son tour sur scène, le spectacle commence. L'équipe Musica, elle, fait le compte.

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Ce soir, pour ma part, j'aurais vu un acte de plus.

Par Aurélien Montinari - Photos : Cécile Becker

Plus d'informations sur le concert de l'Orchestre national des Pays de la Loire.

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