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Ce blog est celui de Musica, festival international de musiques d'aujourd'hui de Strasbourg
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11 oct 2015

PORTRAIT
Amadeus Julian Regucera, le lauréat de l'Académie

Après deux semaines à Strasbourg, quatre des jeunes compositeurs de l'Académie de composition Philippe Manoury / Festival Musica ont vu leurs œuvres interprétées par les ensembles Accroche Note et Linéa juste avant la clôture du festival. À l'issue des présentations, Amadeus Julian Regucera a été désigné comme lauréat. Portrait.

Ça y est, l’Académie de composition tient son lauréat ! C’est au Philippin Amadeus Julian Regucera, 31 ans, que le festival Musica commandera une œuvre pour l'édition à venir. Avant que sa création ne soit jouée lors du concert de présentation des quatre Jeunes talents choisis, Philippe Manoury, directeur artistique et pédagogique du festival, nous glisse quelques mots sur le jeune compositeur : « Il a un prénom très prometteur… D’autant que lorsque nous nous sommes rencontrés il y a dix ans, il composait en ré mineur ! [allusion au Requiem de Mozart] » Depuis, Amadeus Regucera a fait du chemin. « La musique répétitive m’a beaucoup influencé, dit-il. Surtout Stravinsky et la manière avec laquelle il joue sur la répétition. Je me sens aussi proche de la musique de Beat Furrer et de Georges Aperghis et de la connexion qu’ils créent entre drame et musique. Mais aussi les musiques de György Ligeti, Bernhard Lang, Wolfgang Rihm, Simon Steen-Andersen et Galina Ustvolakya, pour leur spontanéité et leur sens unique du poème. » Nous voilà donc plongés dans OPHELIA. Her heart is a clock, partition présentée par le jeune compositeur, œuvre comptant deux sections et passant ainsi d’une trame assez mouvementée à une autre, plus sereine mais non moins inquiétante. « Je pense que ma musique veut transmettre une forme d’énergie “prismatique“, une énergie humaine et sonique qui se manifeste. Je veux que les spectateurs voient et ressentent le son comme s’il était fait par des corps sur scène. »

Quand Philippe Manoury soulignait cette chose très puissante dans le travail d’Amadeus Regucera qu’est sa capacité à créer des couleurs musicales complètement distinctes, il répond : « Dans cette pièce, les différentes couleurs, dégradés et changements de personnages visent à insister sur le contact physique qu’il existe entre le son et les musiciens. Je veux que le spectateur fasse l’expérience d’un événement sonique dynamique dans son ensemble, avec son propre sens de la dramaturgie. » Une physicalité musicale qu’il cherche à développer depuis trois ans maintenant. « Un geste peut être une figure musicale, ce peut aussi être une citation, une partition ou un corps se mouvant dans l’espace. » Amadeus Regucera explore le geste. Ses pièces partent de là pour explorer ce qu’il appelle l’ « érotisme et la sensualité de la forme ». En cherchant à combiner tous les traits distinctifs d’une pièce pour en faire une véritable expérience transcendante, il s’intéresse en fait à toutes les formes d’expression. Qu’est-ce qui lie ces formes ? Qu’en ressort-il ? Ce sont des questions auxquelles Amadeus Regucera cherche à répondre. On le note à travers sa musique de chambre, ses œuvres dansantes, et ses installations.

Open, autre œuvre d'Amadeus Regucera

Mais OPHELIA, dont le nom est inspiré de la pièce de théâtre de Heiner Müller : Hamlet-machine, renvoie à « la mécanisation, la déshumanisation, le capitalisme néo-libéral et peut-être aussi la détérioration de l’humain en tant qu’individu. » Une découverte surprenante. À suivre de très près !

Par Antoine Oechsner de Coninck

Allez plus loin sur le site d’Amadeus Regucera et sur le site de Philippe Manoury.

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