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Ce blog est celui de Musica, festival international de musiques d'aujourd'hui de Strasbourg
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6 oct 2014

RENCONTRE
Tatiana Cobianu, tourneuse de pages pour Jean-Frédéric Neuburger

Après le très beau concert de Jean-Frédéric Neuburger, une longue série d’applaudissements et même un rappel (oui, ça n’existe pas seulement dans les concerts pop) on cherche le pianiste du regard. On vient le féliciter pour ses interprétations réussies, et les compositeurs présents, pour leurs pièces. Elle, elle file : la tourneuse de pages qui accompagnait Jean-Frédéric Neuburger. Timide, elle ne comprend pas vraiment pourquoi je l’interviewerai. Pourtant, ce « métier » est l’un des nombreux indispensables du festival. Rencontre avec Tatiana Cobianu, Strasbourgeoise originaire de Moldavie qui a travaillé à la Philharmonie de Lasi et n’est pas que tourneuse de pages…

Comment en êtes-vous venue à être tourneuse de pages pour ce concert ?

Le festival a fait une demande. Souvent, je reçois des enregistrements audio, mais il faut voir la partition et travailler avec l’interprète pour vraiment comprendre. D’ailleurs, la manière de jouer une partition ne sera pas forcément la même d’un interprète à un autre, l’un jouera de manière plus passionnée, l’autre plus lente ou laissera plus ou moins de silences. Ce qui est très agréable c’est que les compositeurs laissent de la place aux interprètes de se manifester dans leurs œuvres.

Tourneuse de pages, c’est un métier ?

Ce n’est pas un métier, on peut dire que ce sont des services. C’est la quatrième année que je rends ces services, l’année dernière je l’avais fait pour Wilhem Latchoumia. Il faut vraiment savoir lire la musique : je suis pianiste et c'est un vrai atout. Et puis ça me permet, en tant que pianiste de vivre d’autres expériences. On sent la respiration de l’interprète, on sent même presque son cœur battre et l’énergie qui sort, parce que c’est beaucoup d’énergie. D’ailleurs, je disais tout à l’heure à Jean-Frédéric Neuburger que je pensais qu’il avait perdu deux kilos tellement il dégage d’énergie ! (Rires). Ça nécessite une concentration énorme, il y a un million de signes qu’il faut respecter, il faut tenir les notes dans les mains, dans la tête, il faut tenir le public toujours intéressé.

Et vous sentez tout cela, rien qu’en étant à côté ?

Oui ! J’ai la même concentration, simplement : je ne joue pas mais je suis tout. Si je rate une page, ça peut causer un accident ! On ne peut pas apprendre par cœur les partitions, c’est trop difficile. Et je suis responsable de ça. Il faut tourner la page ni trop tôt, ni trop tard.

Il faut que la relation de confiance soit établie alors ?

C’est pour ça qu’on a les répétitions, au minimum deux. Car l’interprète doit m’expliquer à quels moments lui va tourner la page. Et puis, il faut faire attention de ne pas tourner les pages au moment de silences, pour ne pas troubler le public. Lors des répétitions, on a par exemple remarqué que l’orientation des lumières apportait l’ombre de mon bras sur les partitions, il a fallu intervenir sur les lumières. Chaque mouvement est très coordonné, il faut faire très doucement : sans bruit de feuilles, de chaise ou de talon. Ma présence ne doit pas gêner l’interprète. Il faut être invisible tout en étant responsable.

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